"Marine Le Pen 2027 : les marchés lui donnent 43 % de chances de remporter la présidence française"
Elle a choisi Orléans, et ce choix était le message. Dimanche 25 octobre, Marine Le Pen a officiellement lancé sa campagne pour l'élection présidentielle française de 2027 dans la cité de Jeanne d'Arc, la guerrière du XVe siècle que les nationalistes français revendiquent depuis longtemps comme symbole de patriotisme et de souveraineté. Son thème : une « Renaissance » nationale. Sa promesse : une police de « tolérance zéro », la restauration de la sécurité étant présentée comme le premier devoir de l'État. « Nous ne vivons pas la fin du monde mais la fin d'un monde, leur monde », a-t-elle lancé à une foule enthousiaste — « leur monde » désignant le monde de ses adversaires politiques.
Le moment n'était pas fortuit. La France a passé les dernières semaines dans la tourmente des rues, avec des manifestations massives contre le coût de la vie et les inégalités qui ont parfois dégénéré en pillages et en vandalisme. Le Pen s'est présentée comme la personne la mieux placée pour affronter ce qu'elle a décrit comme des crises économiques, sociales et sécuritaires croissantes, et les sondages publiés le jour de son lancement la plaçaient entre 32 et 33,5 % au premier tour, loin devant son plus proche rival, le leader de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon, à 17 %. Un reportage de Reuters sur ce lancement notait que les enquêtes suggèrent qu'elle battrait facilement Mélenchon au second tour, attendu début mai.
Depuis, le paysage des sondages n'a fait que se consolider. Un sondage Odoxa réalisé entre le 24 septembre et le 7 octobre, publié le 14 octobre, donnait Le Pen à 37 ou 38 % au premier tour selon le scénario, Mélenchon deuxième à 18 ou 18,5 %. Un sondage Harris Interactive mené du 19 au 21 octobre la plaçait à 33 % avec l'ancien Premier ministre Édouard Philippe comme candidat centriste, et une enquête Toluna Harris Interactive la situait entre 35 et 37 %. Le premier tour est prévu le 18 avril 2027, le second tour décisif le 2 mai. Aucun candidat d'extrême droite n'était jamais entré dans une année présidentielle avec une telle avance, et une place au second tour semble presque assurée, sauf coup de théâtre judiciaire.
C'est là que les marchés de prédiction entrent en jeu, et qu'ils apportent quelque chose que les sondages ne donnent pas. Sur Polymarket, le marché de la « prochaine élection présidentielle française » a échangé plus de 1,22 million de dollars au cours des 24 heures précédant le 30 octobre, et Le Pen s'y situait à 42,65 % pour une victoire directe, en léger repli par rapport aux 46,25 % du 24 octobre. Le reste du champ est loin derrière : Philippe à 16,5 %, David Lisnard à 15,55 %, Mélenchon à 10,5 %. Fait frappant, Jordan Bardella — l'homme longtemps présenté comme le remplaçant de Le Pen si les tribunaux devaient l'écarter — ne cote qu'à 1,65 %. Le marché, autrement dit, ne met pas un prix sur un drame de substitution. Il met un prix sur Le Pen elle-même, et il la valorise comme une véritable prétendante plutôt que comme une candidate de protestation.
Il y a deux raisons de prendre cela au sérieux, et une raison d'être prudent. La première est la direction de l'histoire de sa famille : Jean-Marie Le Pen a perdu le second tour de 2002 avec moins de 18 %, Marine Le Pen a perdu en 2017 avec environ 34 % et en 2022 avec environ 41,5 %. Chaque défaite a été plus serrée que la précédente. La seconde est l'effritement du « front républicain », l'habitude des électeurs des autres camps de s'unir contre l'extrême droite au second tour. Il fonctionnait encore en juillet 2024, quand les désistements tactiques ont limité son parti à environ 125 sièges parlementaires malgré son avance au premier tour, mais il a fonctionné de moins en moins bien à chaque cycle, et l'identité de son adversaire au second tour compte énormément : face à Mélenchon, dont les opinions défavorables rivalisent avec les siennes, elle est favorite ; face à Philippe, les sondages de 2025 et 2026 indiquaient un duel à quelques points près.
La raison de prudence est celle que le marché ne peut pas tout à fait évaluer : sa candidature comporte toujours une interrogation judiciaire, et l'on rapporte que le plan de rechange consistant à la remplacer par Bardella si la Cour de cassation se prononçait contre elle est plus fragile qu'à aucun moment depuis mars 2025. Six mois, c'est aussi long dans une campagne, et des favoris se sont déjà effondrés en France. Mais l'écart entre Le Pen et la deuxième place au premier tour avoisine désormais 15 points, sondage après sondage, et c'est un matelas conséquent à perdre.
Voici donc la prédiction que je consigne avec cet article. Marine Le Pen terminera dans les deux premiers au premier tour de l'élection présidentielle française du 18 avril 2027, accédant au second tour. Je lui donne 80 %. Pour : son avance dans les sondages, l'ampleur de l'écart avec le deuxième et un marché qui la valorise, elle et non un remplaçant, comme favorite pour la victoire finale. Contre : l'épée judiciaire et le simple fait que six mois de campagne peuvent déplacer des chiffres qui semblent solides aujourd'hui. À noter : ces 80 % concernent l'accès au second tour, une barre bien plus basse que la victoire directe — c'est pourquoi ils se situent largement au-dessus des 42,65 % du marché pour une victoire directe, un prix qui intègre déjà le risque de perdre le second tour, comme cela lui est arrivé deux fois auparavant.